Introduction à la nouvelle politique nationale du PS
Très tôt, certains de nos responsables politiques ont relevé que la technique sarkozyste, c'est de faire parler de tout pour éviter qu'on parle de l'essentiel. Ce n'est pas toujours possible. Il arrive un moment où les grands dossiers arrivent. Mais ils n'arrivent pas tous en même temps, cela permet d'être un peu tranquille pour les autres.
Ceci dit, deux ans après son accession au pouvoir, N. Sarkozy doit faire face à des mécontentements divers mais profonds, profonds mais qui n'ouvrent pas encore sur un projet politique global.
Une des raisons se trouve dans l'état du PS, ce dont nous avons longuement débattu pour préparer notre congrès.
Puisque c'est notre première réunion depuis l'élection de notre Première secrétaire nationale et la mise en place de la nouvelle direction du parti, il est nécessaire de rappeler le PS que nous avons voulu.
Depuis Jospin, le congrès se fait en deux temps. Le temps des motions, à l'issue duquel un axe majoritaire s'est dégagé sur le plan politique et celui de la conception du parti. Un texte de
synthèse a été mis au point : il n'a pas été publié immédiatement mais est devenu, après révision et améliorations pour rassembler autant que possible les sensibilités du parti, le texte
d'orientation politique 2008-2011.
Second temps : celui de l'élection de la Première secrétaire, qui a vu le succès de Martine Aubry. Pourquoi ce score aussi serré ? Les militants ne se sont pas sentis engagés par un texte qui n'avait pas été publié. Du coup, ils ont répondu à deux questions :
1° Qui semble le plus apte à incarner le renouveau du Parti ? L'alliance politique de la motion A, représentant la continuité, avec la motion D derrière M. Aubry n'a pas nécessairement joué
en faveur de cette dernière, y compris au 2e tour pour certains électeurs d'Hamon.
2° Faut-il continuer à avoir un PS de centre gauche (avec une évolution possible vers une alliance nationale vers le modem), ce qu'il était devenu ces dernières années, ou faut-il avoir un PS de
gauche ? Cette question a conduit des militants A à voter Royal au 1er ou au 2e tour, d'autant plus que certains l'avaient déjà soutenue pour l'investiture présidentielle. C'est ce qui s'est
passé dans notre fédération et même dans notre section.
Les deux étapes du vote des militants ont rendu leur décision : une orientation à gauche sur la base d'un réformisme offensif résolument assumé. Sur cette base, le PS peut retrouver une
crédibilité.
Le PS, avec sa direction renouvelée à 60%, rajeunie notamment au Secrétariat national, féminisée (seulement 40% de femmes - un vrai progrès cependant - mais une femme en n°1), ne retrouvera pas sa crédibilité d'un coup de baguette magique, il faudra du temps, mais c'est en marche.
Avec une direction si renouvelée, et la nécessité de se donner un programme lui-même revu de fond en comble, ce qui suppose concertations et échanges multiples, nous sommes en train de commencer à inventer des propositions pour le monde nouveau qui est en train de naître de l'immense crise qui déferle sur nos sociétés, une crise plus grave que celle de 1929. 80 000 chômeurs de plus par mois, c'est un rythme d'un million de chômeurs en plus par an !
Il faut se féliciter qu'en six semaines nous ayons pu aujourd'hui présenter un contre plan de relance qui tient la route et frappe les esprits au grand dam de la droite.
Dès l'élection de M. Aubry, les socialistes ont été invités à retrouver le chemin des manifestations qu'ils avaient trop souvent oublié. Des progrès ont été immédiatement constatés et remarqués.
On nous dit parfois que cela ne suffit pas, qu'il faudrait que nous ayons des propositions plus élaborées : assurément et nous travaillons à le faire au plus haut niveau. Mais si nous sommes
absents des lieux où se rassemblent la France qui résiste, la France qui se bat, pour entendre les acteurs des grandes mobilisations sociales, personne ne nous écoutera lorsque progressivement
nous aurons mis au point nos propositions programmatiques.
Les socialistes ont des urgences. Les services publics par exemple : les hôpitaux, en voie de connaître des problèmes graves ; l'école, les lycées, les universités et la formation des maîtres : Darcos est en difficulté mais ses replis momentanés ne doivent pas faire illusion ; la recherche si importante pour l'avenir de l'Europe dans un monde globalisé où l'Inde et la Chine risquent de nous concurrencer avec succès jusque sur le terrain de l'intelligence.
La démocratie est en danger : attaques contre le pluralisme réel de la presse avec la mainmise du capitalisme financier sur des titres comme Libération, Le Monde et bien d'autres, attaques contre le service public de la télévision et de l'audiovisuel... La démocratie est même atteinte en son cœur : le Parlement, avec la volonté d'empêcher au maximum un droit élémentaire du Parlement : le droit d'amendement.
Je ne parle pas de la justice et de la volonté de Sarkozy de renforcer l'autorité du pouvoir sur les magistrats en supprimant les juges d'instruction : mais, malgré des erreurs le plus souvent dues à une surcharge de dossiers, ils avaient la possibilité de mener même des enquêtes dérangeantes. Et le problème des prisons reste entier, comme vient de le montrer à juste titre J.P. Gille.
Bien d'autres problèmes se posent, qui nécessitent une action coordonnée des socialistes, de la gauche tout entière. Pour y répondre, nous allons construire un PS réactif, un PS encore plus démocratique, où l'on discute, échange des expériences, où chacun joue de son instrument à lui sur une même partition, celle du PS rassemblé autour de la volonté d'élaborer ensemble, et avec le plus de partenaires possibles, un programme de gauche.