S. Royal a-t-elle inspiré B. Obama ?

Chronique d'un matin...

France Inter - 21.01.2009 - 7h45 ~ T. Legrand


 - S. Royal a inspiré B. Obama ?


Puisqu'elle le dit ! S. Royal, qui était hier à Washington, l'a affirmé avec l'aplomb

touchant d'un enfant qui, vous montrant un dessin sur une feuille qu'il vient

d'arracher de son livre d'images, assure crânement "c'est moi qui l'ai fait !". S.

Royal a donc dit, je cite : "oui, j'ai inspiré Obama et ses équipes nous ont copiés".


L'ancienne candidate explique que des collaborateurs du futur Président sont

venus voir les siens, avant qu'ils ne soient investis, les membres de cette équipe

ont enregistré les idées gagnant/gagnant et, citoyen expert, B. Obama aurait

aussi adapté la méthode de la fameuse "démocratie participative" en faisant

remonter les idées à partir des communautés organisées aux Etats-Unis.


Le site "Rue89" a retrouvé la trace de cette mission. En réalité, ce n'est pas du

tout une équipe d'Obama qui est venue, mais des experts démocrates, et puis

aussi des républicains, qui faisaient un "Élysée tour", un voyage d'étude organisé

par la French american foundation. B. Obama n'était pas encore désigné, il

n'était même pas favori pour l'investiture démocrate. L'équipe d'experts en

question a rencontré les équipes Internet des deux principaux candidats français,

N. Sarkozy en personne et A. Montebourg pour le compte de S. Royal. Leur

rapport, au retour de cette mission préparatoire, a été publié dans le journal

américain Adweek. Il en ressort que le site le plus performant était plutôt celui

de N. Sarkozy, notamment grâce au suivi vidéo de sa campagne disponible en

ligne. Plus globalement, les visiteurs américains ont même trouvé que la

méthode utilisée par Désirs d'Avenir pouvait être facteur d'incohérence dans le

message de la candidate. A lire leur rapport, si les démocrates et les républicains,

qui faisaient partie de cette mission, se sont inspirés de S. Royal, c'était plutôt

pour souligner ce qu'il ne fallait pas faire.


-  Mais S. Royal dit qu'elle a trouvé la fameuse phrase "gagnant-gagnant" dans

les discours d'Obama...

Alors là, c'est un peu comme si j'affirmais que je vous ai inspiré, en vous

entendant dire "passe-moi le sel" à votre voisin à la cantine, sous prétexte que

j'ai moi aussi dit cette phrase lumineuse la veille dans la même situation.

"Gagnant-gagnant", c'est une traduction d'une expression américaine

couramment utilisée dans les affaires, ça se dit "win-win situation". En politique,

aux Etats-Unis, c'est un terme de base utilisé à outrance dans la moindre

élection, dans le moindre discours, d'un candidat au poste de shérif du comté ou

de délégué de classe. Quant à l'utilisation moderne d'Internet par le candidat

américain, on ne voit pas ce que B. Obama, qui avait dans son équipe l'inventeur

de "Facebook", aurait pu trouver de révolutionnaire dans la campagne française.

Le fait nouveau cette année, c'était évidemment l'utilisation des réseaux sociaux

d'Internet, réseaux sociaux qui n'étaient pas vraiment répandus en France,

notamment pendant la campagne de 2007. En réalité, depuis cinq ans, toutes les

campagnes importantes s'inspirent du modèle mis en place par "MoveOn.org", et

les étudiants américains partisans du candidat à l'investiture démocrate H. Dean

en 2004.


-  Voilà donc pour les faits, mais pourquoi une telle posture ?

Parce qu'en politique, le culot paye ! Et je pense même que S. Royal a réussi à se

persuader elle-même. N. Sarkozy est de cette facture aussi, il sidère toujours ses

visiteurs par la façon dont il peut s'attribuer, en ayant l'air d'y croire lui-même, la

plus grande part de tout problème résolu. Cette incommensurable prétention est

aussi, c'est vrai, un formidable moteur pour l'action. Et puis, il faut bien dire que

la plupart du temps ils arrivent à faire illusion. Il est bien courant de dire qu'en

politique plus c'est gros, plus ça passe. Mais là, quand même, S. Royal affirmant

le jour de l'investiture de B. Obama, "oui, je l'ai inspiré", c'est peut-être un tout

petit peu trop gigantesque !


Revue des chroniques - Dept. Revues de presse - 01 42 75 54 41

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